Les pierres

L'obsidienne

L'obsidienne n'est pas un minéral : c'est de la lave refroidie trop vite pour cristalliser. Un verre naturel, et le seul matériau qui donne une arête plus fine qu'un scalpel d'acier.

Mis à jour le 8 septembre 2026

Un bloc d'obsidienne noire dont la cassure dessine des ondes concentriques lisses.
Photo : Obsidian (GeoDIL number - 110), Twyla Baker, CC0, via Wikimedia Commons

L'obsidienne est une roche volcanique, et pourtant elle n'a aucune structure cristalline. Quand une lave riche en silice — visqueuse, pauvre en eau — refroidit trop vite pour que ses atomes s'ordonnent, ils se figent dans le désordre. Le résultat est un verre, au sens strict du mot.

C'est pourquoi les minéralogistes la classent parmi les mineraloïdes : elle a une composition, elle n'a pas de réseau cristallin. Elle n'a donc ni clivage, ni faces, ni forme propre.

Sa carte d'identité

Propriété Valeur
Nature verre volcanique, amorphe
Composition 70 à 75 % de silice, comme un granite
Dureté 5 à 5,5
Densité 2,35 à 2,6
Éclat vitreux, souvent très brillant
Cassure conchoïdale, parfaite
Trait blanc
Transparence translucide sur les bords minces

Les trois signes qui la nomment

Elle est translucide sur les bords. C'est le test décisif, et il ne coûte rien. Tenez une arête devant une fenêtre : l'obsidienne laisse passer une lueur brune, verte ou grise. Une pierre noire opaque jusqu'au bord est autre chose — basalte, hématite, tourmaline. Voir le guide des pierres noires.

La cassure est en écaille. Des surfaces courbes, lisses, concentriques, comme l'impact d'un caillou dans un pare-brise. C'est la cassure conchoïdale, et l'obsidienne la produit mieux qu'aucune autre roche. C'est aussi ce qui a fait sa carrière : elle se taille de manière entièrement prévisible, ce qui en a fait la matière première de choix pour les outils depuis la préhistoire.

Elle n'a aucune structure interne. Pas de grains, pas de bandes, pas de cristaux visibles. Une matière homogène, du bord au cœur.

Les variétés

Obsidienne flocon de neige. Des taches blanches ou grises arrondies dans le noir : ce sont des sphérulites de cristobalite, des cristaux qui ont commencé à se former dans le verre au fil du temps. C'est la dévitrification prise en flagrant délit.

Obsidienne acajou. Des zones brun-rouge striées, dues à l'oxydation du fer.

Obsidienne dorée ou arc-en-ciel. Des reflets soyeux ou irisés, produits par des alignements d'inclusions ou de microbulles qui diffractent la lumière. L'effet n'apparaît que sous certains angles.

Larmes d'Apache. Des nodules arrondis, translucides, généralement pris dans une roche claire altérée — de la perlite. Le nom vient d'une légende de l'Arizona du XIXe siècle.

Les confusions, et comment les lever

Le verre industriel. C'est la plus difficile, parce que les deux matières sont physiquement de la même nature. Cherchez ce qu'un objet manufacturé conserve : une épaisseur régulière, une courbure de bouteille, une ligne de moulage, un fond marqué, des bulles sphériques nombreuses et bien rondes. Une teinte franchement verte ou brun bière est également suspecte. L'obsidienne naturelle a des formes anguleuses irrégulières, sans aucune symétrie.

Le mâchefer. Vitreux, noir, coupant — et bulleux. Il abonde partout où l'on a brûlé du charbon en quantité, ce qui, en Europe, veut dire à peu près partout. Les bulles étirées et l'aspect de matière coulée le trahissent.

La tourmaline noire. Beaucoup plus dure (7 à 7,5), en prismes allongés striés dans le sens de la longueur, opaque. Aucune cassure conchoïdale.

Le jais. Bien plus léger, plus tendre, chaud au toucher, trait brun. Il flotte presque.

Le basalte vitreux. Une lave basaltique trempée dans l'eau donne un verre sombre, mais opaque, riche en bulles et bien plus lourd.

Un tranchant hors norme

Parce qu'elle n'a pas de grain, l'obsidienne se rompt sans rencontrer d'obstacle. Une arête fraîche peut se terminer sur une épaisseur de quelques nanomètres — un ordre de grandeur en dessous de ce qu'un acier affûté peut atteindre, parce que l'acier finit toujours par buter sur la taille de ses propres cristaux.

C'est de la mineralogie appliquée : des lames d'obsidienne sont encore utilisées en chirurgie fine et en microscopie électronique pour cette raison précise. Et c'est aussi pourquoi il faut manipuler les éclats frais avec le respect qu'on accorde à du verre brisé.

Où on la trouve

Uniquement en terrain volcanique récent, et c'est un point d'identification à part entière : le verre est instable à l'échelle des temps géologiques et finit toujours par cristalliser. Il n'existe pas d'obsidienne ancienne — au-delà de quelques dizaines de millions d'années, tout s'est dévitrifié.

Les gisements classiques sont en Islande, aux Lipari près de la Sicile, à Milos en Grèce, en Anatolie, au Mexique, dans l'ouest américain et aux Andes. En France métropolitaine, il n'y en a pas de gisement exploitable : une « obsidienne d'Auvergne » ramassée sur place mérite un examen attentif.

Questions fréquentes

Comment reconnaître une vraie obsidienne ?

Regardez un bord mince à contre-jour : l'obsidienne est translucide, d'un brun ou d'un vert très sombre, jamais totalement opaque. Cherchez une cassure conchoïdale, en écaille courbe et lisse. Elle raye difficilement le verre et se laisse rayer par lui : les deux sont des verres, de dureté voisine.

Quelle est la différence entre l'obsidienne et le mâchefer ?

Les bulles. Le mâchefer, résidu vitrifié de combustion du charbon, en est criblé, souvent irrégulières et étirées. L'obsidienne naturelle est massive et homogène. Le contexte compte aussi : le mâchefer se trouve sur les anciens sites industriels et le long des voies ferrées, l'obsidienne uniquement en terrain volcanique récent.

L'obsidienne est-elle dangereuse à manipuler ?

Ses arêtes fraîches le sont, oui. Une cassure d'obsidienne peut se terminer sur une seule rangée d'atomes, ce qui en fait le tranchant le plus fin qu'un matériau naturel puisse produire — plus fin que l'acier chirurgical. Manipulez les éclats frais comme du verre cassé, et rangez-les à l'écart des autres spécimens.