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L'échelle de Mohs, et comment s'en servir

Un ongle, une pièce, un clou, un morceau de verre : quatre objets qui traînent chez tout le monde suffisent à situer une pierre sur une échelle inventée en 1812, et à éliminer les trois quarts des candidats.

Mis à jour le 8 septembre 2026

En 1812, le minéralogiste allemand Friedrich Mohs a cherché un moyen de classer les minéraux sans instrument. Il a retenu le plus simple : ce qui raye est plus dur que ce qui est rayé. Il a choisi dix minéraux de référence, du plus tendre au plus dur, et l'échelle porte son nom depuis.

Deux siècles plus tard, c'est toujours le test le plus rentable de l'identification amateur. Il ne coûte rien, il prend dix secondes, et il élimine plus de candidats que n'importe quelle observation.

Les dix degrés

Dureté Minéral Repère
1 Talc s'effrite sous l'ongle, gras au toucher
2 Gypse rayé par l'ongle
3 Calcite rayé par une pièce de cuivre
4 Fluorite rayé facilement par un couteau
5 Apatite rayé difficilement par un couteau
6 Orthose (feldspath) raye le verre, rayé par une lime
7 Quartz raye le verre franchement et la lime
8 Topaze raye le quartz
9 Corindon (rubis, saphir) raye la topaze
10 Diamant raye tout le reste

Attention à une propriété que l'échelle ne dit pas : elle n'est pas linéaire. En dureté absolue, le diamant est environ quatre fois plus dur que le corindon, alors qu'un seul degré les sépare. Le saut de 9 à 10 est plus grand que tout le trajet de 1 à 9. Mohs a construit un classement, pas une mesure.

Les étalons que vous avez déjà

Personne n'a de topaze dans un tiroir. Ce n'est pas grave : les objets courants couvrent la plage utile, celle où se trouvent 95 % des pierres qu'on ramasse.

Étalon Dureté Ce qu'il tranche
Ongle 2,5 gypse, talc, sélénite, ambre
Pièce de cuivre massif 3 à 3,5 calcite, calcaire, malachite
Clou ou lame d'acier 5,5 apatite, obsidienne, opale
Éclat de verre 5,5 même seuil, dans l'autre sens
Carreau de porcelaine non émaillée 6,5 feldspath, pyrite
Lime en acier trempé 6,5 idem
Un quartz dont vous êtes sûr 7 le seuil le plus utile de tous

Ce dernier mérite un mot. Gardez un éclat de quartz incolore — un galet de rivière transparent fait l'affaire — dans votre poche. C'est l'étalon le plus utile qui existe, parce que le seuil 7 sépare l'immense famille des quartz et de leurs variétés (améthyste, agate, silex, jaspe, calcédoine) de presque tout ce qui leur ressemble.

Comment faire le test proprement

Choisissez une arête discrète. La marque restera. Sur une pierre polie ou montée, testez toujours sous la ceinture ou sur la base.

Appuyez fermement, sur deux centimètres, une seule fois. Un va-et-vient hésitant produit une trace ambiguë.

Frottez la marque avec le doigt, puis regardez. C'est l'étape que tout le monde saute, et c'est celle qui compte. Un métal tendre — le clou, la pièce — dépose sur une pierre plus dure une traînée grise ou cuivrée qui ressemble beaucoup à une rayure. Elle part au doigt, ou à l'eau. Une vraie rayure est une entaille : elle reste, et on la sent à l'ongle.

Testez dans les deux sens. Si le verre ne raye pas la pierre et que la pierre raye le verre, vous êtes au-dessus de 5,5. Si aucun des deux ne raye l'autre, vous êtes autour de 5,5. Les deux essais ensemble valent bien plus que l'un des deux.

Trois pièges qui faussent le résultat

Les pièces de monnaie modernes. Les pièces de 1, 2 et 5 centimes d'euro sont en acier plaqué cuivre. Le placage fait une centaine de microns. Si votre essai le traverse, vous testez soudain contre de l'acier à 5,5 au lieu de cuivre à 3,5 — et vous conclurez qu'une calcite est un feldspath. Utilisez une vieille pièce de cuivre massif, ou sautez ce degré.

Les surfaces altérées. Une pierre exposée aux intempéries développe une croûte plus tendre que le cœur. Un feldspath altéré se laisse rayer par un ongle. Cassez un coin, ou testez dans une zone fraîche.

Les roches, par principe. Une roche est un assemblage de minéraux de duretés différentes. Rayer un granite ne mesure rien : le clou rencontrera du mica à 2,5 ou du quartz à 7 selon l'endroit. Le test de dureté est un test de minéral. Sur une roche, ce qu'il faut identifier c'est l'assemblage — voyez la méthode générale.

Ce que la dureté élimine, en pratique

Quelques paires classiques, et le degré qui les sépare :

Ce dernier exemple est le plus instructif. La dureté est le test qui élimine le plus, ce n'est pas le test qui conclut. Elle réduit la liste ; le trait, la densité et la cassure la referment.

Questions fréquentes

Comment tester la dureté d'une pierre sans matériel ?

Avec l'ongle (2,5), une pièce de cuivre (3 à 3,5), un clou en acier (5,5), un éclat de verre (5,5) et un carreau de porcelaine non émaillée (6,5). Ces cinq étalons découpent l'échelle en tranches suffisamment fines pour la plupart des pierres que l'on ramasse.

L'échelle de Mohs est-elle linéaire ?

Non, et c'est sa principale limite. L'écart entre 9 (corindon) et 10 (diamant) est plus grand que celui entre 1 et 9 réunis. L'échelle classe, elle ne mesure pas : elle dit quel minéral raye quel autre, rien de plus.

Le test de dureté abîme-t-il la pierre ?

Il laisse une marque, oui — c'est le principe. Faites-le sur une arête ou une face cachée, jamais sur la plus belle face ni sur une pierre montée en bijou. Sur un spécimen de collection auquel vous tenez, préférez le test inverse : voyez si la pierre raye l'étalon plutôt que le contraire.